
À l’approche de la Toussaint, des millions de familles vont se rendre au cimetière. Elles y viendront avec leurs enfants, avec leurs parents âgés, avec leurs fleurs et leur chagrin. Et trop souvent, elles vont y trouver des allées défoncées, des graviers instables, des marches sans rampe, des chemins impraticables dès qu’il pleut, un éclairage inexistant dès que le jour baisse.
Disons sans détour : ce n’est pas acceptable.
Se recueillir sur la tombe d’un proche n’est pas un luxe. C’est un acte intime, universel, qui fonde notre humanité. C’est le dernier lien avec ceux qui nous ont précédés, et la première leçon de mémoire que l’on transmet à un enfant. Priver une famille de cet accès, ou le lui rendre dangereux, c’est ajouter une blessure à la perte.
Qui est concerné ? Tout le monde. La grand-mère qui marche avec une canne et qui renonce à venir parce qu’elle a peur de tomber. Le père en fauteuil roulant arrêté à dix mètres de la tombe de son fils. La mère avec une poussette qui doit choisir entre ses deux enfants et le chemin. La veuve qui vient seule, à la tombée de la nuit, parce que c’est le seul moment que son travail lui laisse, et qui ne se sent pas en sécurité.
Ces situations ne relèvent pas de la fatalité. Elles relèvent d’un choix : celui de reléguer l’entretien des cimetières au rang des dépenses secondaires. Les communes gèrent ces espaces avec des moyens contraints, et les familles en paient le prix, dans les larmes et parfois dans les chutes.
Que chaque commune garantisse des allées praticables, stables et accessibles à toutes et tous, y compris aux personnes à mobilité réduite et aux poussettes.
Il est essentiel :
- Que l’éclairage et la sécurité des lieux soient assurés aux heures d’ouverture, pour que personne n’ait à choisir entre sa peur et sa mémoire.
- Que l’entretien des cimetières soit reconnu comme une mission essentielle du service public local, dotée de moyens à la hauteur.
Un cimetière, c’est le lieu où une société montre le respect qu’elle porte à ses morts, et donc à ses vivants. Nos familles ne demandent pas un privilège. Elles demandent de pouvoir faire ce que l’humanité fait depuis toujours : se recueillir, ensemble, dignement et sans crainte.
Si honorer ses défunts est un devoir, c’est aussi un droit. Garantissons-le.
Émilie Souplet
Responsable du Pôle Éducation