
Les résultats de PISA doivent nous alerter. Mais ils doivent surtout nous conduire à regarder au-delà des seuls résultats scolaires : que se passe-t-il dans certaines familles autour de l’école et des apprentissages ?
Familles de France partage l’inquiétude que suscite la dégradation des performances scolaires des élèves français. Les résultats de PISA ne sont pas seulement une question de classement international : ils interrogent notre capacité collective à donner à chaque enfant les connaissances, les repères et la confiance nécessaires pour construire son avenir.
Mais un autre constat mérite d’être regardé en face : dans certaines familles, la scolarité de l’enfant semble progressivement passer au second plan.
Il ne s’agit évidemment pas de généraliser. De très nombreux parents suivent leurs enfants, les encouragent, rencontrent les enseignants et se mobilisent, parfois au prix d’efforts considérables. Mais certains parents ne suivent plus les devoirs, ne regardent plus les résultats scolaires, ne répondent plus toujours aux sollicitations de l’établissement ou finissent par considérer que « l’école doit tout faire ».
Pourquoi ce désengagement ?
Il serait trop facile d’accuser les parents de désintérêt.
La réalité familiale est devenue beaucoup plus complexe. Horaires de travail décalés, temps de transport, familles monoparentales, difficultés financières, charge mentale, fatigue et épuisement parental peuvent réduire considérablement la disponibilité des adultes.
Certains parents travaillent beaucoup mais disposent de peu de temps. D’autres sont eux-mêmes en difficulté avec les apprentissages scolaires et peuvent se sentir démunis pour accompagner leur enfant. Certains ont vécu une relation difficile avec l’école et n’osent plus la solliciter. D’autres encore ont progressivement perdu confiance dans leur capacité à aider leur enfant.
Derrière ce qui peut apparaître comme du désintérêt, il peut donc parfois y avoir de l’épuisement, de l’impuissance ou du découragement.
Les psychologues qui travaillent sur la parentalité attirent notamment l’attention sur la fatigue et la surcharge qui peuvent altérer la disponibilité psychique des parents. Or accompagner un enfant dans ses apprentissages nécessite du temps, de l’attention, de la patience et une relation suffisamment sereine.
Ne faisons pas des écrans le bouc émissaire
Familles de France appelle également à sortir d’une explication trop simple qui consisterait à attribuer les difficultés scolaires aux seuls écrans.
Oui, l’exposition excessive aux écrans peut perturber le sommeil, l’attention, les interactions familiales et le temps consacré aux apprentissages. Mais elle est aussi parfois le symptôme d’un problème plus large.
Quand toute la famille est épuisée, quand les parents rentrent tard, quand les moments partagés sont rares ou quand les tensions autour des devoirs sont devenues quotidiennes, l’écran peut devenir une solution de facilité, un moyen d’occuper l’enfant ou de retrouver quelques minutes de calme.
La question est donc moins « combien de temps l’enfant passe-t-il devant un écran ? » que : combien de temps reste-t-il réellement pour parler, lire, jouer, dormir, apprendre et être ensemble ?
Restaurer une véritable alliance entre les familles et l’école
Familles de France considère que la réussite éducative ne peut reposer exclusivement sur l’École.
Elle repose sur une alliance éducative entre l’enfant, ses parents et les professionnels qui l’accompagnent.
Cette alliance doit cependant être soutenue. On ne peut pas demander davantage aux familles sans tenir compte de leurs contraintes et de leur réalité quotidienne.
Familles de France demande donc :
- de renforcer l’accompagnement des parents dès les premières difficultés scolaires ;
- de développer des dispositifs permettant aux parents de mieux comprendre les attentes de l’école et les apprentissages de leur enfant ;
- de lutter contre le décrochage parental avant qu’il ne devienne un décrochage scolaire de l’enfant ;
- de développer les espaces de dialogue entre parents et enseignants, dans un esprit de confiance et non de culpabilisation ;
- de mieux prendre en compte la fatigue, les contraintes professionnelles et la charge mentale des parents dans les politiques éducatives et familiales ;
- de renforcer l’accompagnement des enfants en difficulté avant que les écarts ne deviennent trop importants ;
- de poursuivre une politique de prévention autour du sommeil, des usages numériques, de la lecture et du temps familial partagé.
Ne laissons aucun enfant devenir « invisible »
Un enfant ne doit pas être pénalisé parce que ses parents n’ont plus la force, le temps ou les connaissances nécessaires pour l’accompagner.
Mais l’inverse est également vrai : aucun système éducatif ne peut réussir durablement si les familles se sentent progressivement étrangères à la scolarité de leurs enfants.
Les résultats de PISA doivent donc être l’occasion d’un véritable débat national : comment redonner aux parents les moyens et l’envie d’être pleinement acteurs de la réussite de leurs enfants ?
Pour Familles de France, la réponse ne passe ni par la culpabilisation des parents, ni par une nouvelle croisade contre les écrans.
Elle passe par du temps, de la confiance, de l’accompagnement, une école qui associe réellement les familles et une politique familiale qui permette aux parents d’être disponibles pour leurs enfants.
Parce que la réussite scolaire commence aussi dans la relation que l’enfant entretient avec sa famille, avec l’école et avec les adultes qui l’entourent.
Mireille Lachaud – Pôle Politique familiale | 06 16 58 69 92