
Après Anne Hidalgo mardi, c’est Emmanuel Grégoire qui a présenté, mercredi, les « profonds regrets » de l’institution devant le Sénat.
Deux auditions, un même sentiment : celui d’assister moins à un exercice de vérité qu’à un exercice de sauvetage. Sauver sa peau plutôt que de reconnaître les problèmes en face. On attendait des réponses, on a surtout entendu des éléments de langage.
Nous saluons la volonté affichée de mieux former les animateurs : un appel à une professionnalisation poussée. C’est un début. Mais un début, ce n’est pas un aboutissement.
Former, oui. Mais former qui ?
C’est toute la question que ce dossier esquive depuis trop longtemps. Le métier d’animateur n’attire pas. Il est trop souvent exercé, faute de mieux, par des personnes en attente d’autre chose, recrutées dans l’urgence pour boucher des trous de planning plutôt que pour leur vocation éducative.
On ne colmate pas une crise de recrutement en ajoutant des heures de formation à des postes que personne ne veut. On ne réforme pas une filière en fermant les yeux sur ce qu’elle est devenue : une variable d’ajustement.
L’animation n’est pas du gardiennage. Ce n’est pas occuper des enfants entre deux portes, c’est les éduquer, les protéger, les accompagner. Tant que ce métier restera précaire, mal reconnu et mal payé, il continuera d’attirer par défaut plutôt que par choix.
Et pendant qu’on parle de former les animateurs, que fait-on des REV ? On évoque leur passage en cadre A. Pour les valoriser, dit-on. Pour les faire taire, craint-on. Pour les rendre responsables en cas de souci, redoute-t-on surtout.
Car sur le terrain, ce sont eux qui se démènent, eux qui alertent, avec des équipes elles-mêmes à bout. Beaucoup sont épuisés. Certains sont déjà partis.
Les responsabiliser sans les soutenir, sans effectifs, sans moyens réels, ce n’est pas de la reconnaissance : c’est se donner un fusible de plus pour la prochaine crise.
Les familles veulent être rassurées
Nous serons vigilants.
Car des regrets, aussi sincères soient-ils, ne remplacent pas des actes vérifiables. On ne paiera pas de mots. Les familles n’ont pas besoin d’entendre qu’on est désolé : elles ont besoin de savoir que leurs enfants sont protégés, aujourd’hui, dans chaque école, chaque centre de loisirs, chaque cantine.
Les familles veulent juste être rassurées.
Monsieur Grégoire, les familles vous confient ce qu’elles ont de plus cher au monde : leurs enfants !
Elles vous demandent de pouvoir travailler tranquillement, sans avoir à penser que leurs enfants peuvent être en insécurité, en danger.
Soyons sérieux : pas d’effets de manches, mais des actes pour redonner à tous les parents la confiance qui manque actuellement !
Plus jamais ça. Jamais.
Et pourtant, dans ces auditions où l’on a beaucoup parlé de regrets institutionnels, pas un mot direct n’a été adressé aux victimes et à leurs familles. Elles méritent mieux qu’une phrase générale sur « la ville que je représente ». Elles méritent d’être nommées, entendues, regardées en face.
Sur le terrain, la situation n’est pas stabilisée. La chape de plomb existe encore. Des CASPE fonctionnent encore sans directeur, avec une gestion par des intérims, pendant qu’on discute de gouvernance au Sénat.
C’est incompréhensible. C’est intolérable.
Stop au bricolage
On ne gère pas la protection de l’enfance à coups de rustines et de plans annoncés en conférence de presse. On la gère avec des postes pourvus, des chaînes de signalement qui fonctionnent réellement, un encadrement stable et des contrôles qui ne dépendent pas de la bonne volonté du moment.
On la gère en travaillant main dans la main avec les représentants des parents et les associations de victimes.
On parle de vie d’enfants. Pas de communication de crise.
Émilie Souplet – Pôle Éducation | 06 27 67 20 61