17.04.2026

DINK, No Kids, childless by choice : assez de glorifier le repli sur soi !

BILLET D’HUMEUR — Tribune
Émilie Souplet, responsable du pôle Éducation — Familles de France

La mode des réseaux sociaux qui célèbre, à grands renforts de likes, une vie sans enfant fondée sur l’accumulation et l’individualisme me révolte. Il est temps de remettre la parentalité à sa juste place - et le couple au cœur de tout.

Sur nos fils d’actualité défilent désormais, valorisés et applaudis, des contenus qui font de la vie sans enfant un idéal de réussite. DINK — Double Income, No KidsNo Kids, Childfree… les mots changent, le message reste le même : pas d’enfants, plus d’argent, plus de liberté, une vie meilleure. On nous vend l’individualisme comme un accomplissement, et l’enfant comme un fardeau.

Présenter la parentalité comme une erreur de parcours, c’est stigmatiser des millions de familles. C’est honteux.

Soyons clairs : le choix de ne pas avoir d’enfant est une liberté intime, et je le respecte. Ce qui m’indigne, c’est la mise en scène systématique, triomphante, de ce choix comme supérieur, comme si élever des enfants relevait d’un manque d’ambition ou d’un défaut de lucidité. Cette stigmatisation silencieuse des parents est insupportable.

Les familles jouent un rôle collectif : elles élèvent ceux qui feront tourner la société de demain.

Il faut changer de mode de pensée. Radicalement.

La parentalité est un accomplissement. Elle enrichit, elle construit, elle relie les générations. Elle n’est pas la fin du couple : elle peut en être un beau chapitre, à condition d’être accompagnée. Et c’est précisément là que la société faillit : on laisse trop souvent les parents, et les futurs parents, seuls face à leurs doutes, à leurs peurs, à une projection de la vie familiale qui n’est faite que de sacrifices et de contraintes.

Aidons les couples à se projeter dans la parentalité avec confiance, pas avec effroi.

Mais accompagner les familles, c’est aussi - et peut-être avant tout - accompagner le couple. Car on ne le dit pas assez : devenir parents ne doit pas signifier cesser d’être amants, complices. Le couple conjugal et le couple parental doivent coexister, s’alimenter mutuellement, sans que l’un efface l’autre.

Cela suppose d’oser parler de sexualité dans le couple après l’arrivée des enfants - ce tabou qui pèse lourd sur tant de relations. La fatigue, le corps qui change, le temps qui manque : autant de réalités que les parents affrontent souvent dans le silence et la honte. Accompagner les couples dans leur vie intime, c’est aussi les aider à traverser ces étapes sans se perdre de vue.

Un couple qui prend soin de lui, qui entretient sa complicité et son désir, est un couple qui tient. Et un couple qui tient, c’est un foyer stable. Un foyer stable, ce sont des enfants sereins, des enfants qui grandissent avec la conviction que l’avenir peut être bon, parce qu’ils en ont la preuve vivante sous les yeux chaque jour.

Un couple qui va bien, ce sont des enfants qui ont foi en l’avenir.

Nous avons besoin d’un meilleur accompagnement : des couples avant même la naissance, des parents au quotidien, et d’une politique familiale universelle, lisible, cohérente. Une politique qui permette enfin une vraie conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, sans que les parents aient à choisir entre leur épanouissement et celui de leurs enfants.

Tant que les solutions de garde manqueront, que les congés parentaux resteront insuffisants, que les mères paieront encore un « prix » sur leur carrière pour avoir enfanté, que les couples ne trouveront nulle part où parler de leur intimité bousculée, la parentalité restera perçue comme un risque. Et le message des réseaux sociaux aura beau jeu de prospérer.

Non au repli sur soi.
Non à l’égoïsme érigé en vertu.

La joie de la parentalité mérite d’être réhabilitée — et avec elle, la beauté du couple qui dure, qui se choisit chaque jour, et qui donne à ses enfants la plus précieuse des boussoles.